Liège (Belgique). — Au matin du mardi 13 octobre, une grosse centaine de collégiens et lycéens sont massés devant les grilles verrouillées de l'Athénée Royal Paul-Brusson, dans le quartier d'Outremeuse à Liège. Le motif officiel du blocage, entamé il y a neuf jours : la réduction unilatérale par la Fédération Wallonie-Bruxelles du nombre de variétés de fromage fondu en portions individuelles servies au self — passant brutalement de 52 à 47 références (le Gouda allégé « saveur champignon » et le Vache qui rit édition terroir ayant été supprimés sans concertation). « Dans l'enseignement, ça ne va plus du tout : on nous a enlevé cinq fromages. Cinq ! Alors il faut qu'on entende notre voix », lance Nathan Dewaele, 16 ans, porte-parole autoproclamé des élèves bloqués, selon nos confrères de la RTBF qui ont couvert l'événement avec un sérieux professionnel remarquable.

« Le Wi-Fi à 47 flux simultanés constitue une violence systémique contre notre droit au scroll »

Selon le communiqué officiel du collectif « Grilles Fermées, Cerveaux Ouverts » (GFO), constitué en assemblée générale improvisée dans la cour de récréation et entériné par un vote à main levée ayant recueilli 87 % des voix sur les 103 élèves présents — soit une abstention technique non négligeable, précise le document dactylographié recto-verso en Arial 9 -, la coupure du Wi-Fi scolaire au-delà de quarante-sept connexions simultanées à TikTok constitue « un acte délibéré de censure numérique visant notre souveraineté pédagogique ». Trois professeurs solidaires ont été photographiés assis sur des chaises pliables Décathlon en plastique gris, brandissant une pancarte manuscrite : « 47 flux = dictature du buffering. Nous aussi on veut le scroll sans lag ».

Le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles a réagi dans un communiqué d'une sobriété remarquable, indiquant qu'il prenait « très au sérieux l'ensemble des doléances relatives aux produits laitiers à pâte fondue et infrastructures numériques » tout en rappelant que le budget 2026 prévoyait déjà une enveloppe de quatre cent soixante-douze euros par élève pour les fournitures dites « d'épanouissement sensoriel ». Une source proche du dossier, sous couvert d'anonymat — et qui a tenu à préciser qu'elle parlait « en tant que simple fonctionnaire attaché au service des portions individuelles de gruyère pré-emballées » -, confirme : On ne peut pas tout avoir. Le Gouda saveur champignon coûtait 0,83 centime par unité supplémentaire ; multipliés sur trois mille élèves du réseau liégeois, ça fait un déficit budgétaire que même la Cour des comptes n'aurait jamais osé imaginer.

Les profs solidaires dénoncent « l'austérité fromagère » et réclament une commission d'enquête parlementaire

Parmi les trois enseignants assis sur leurs chaises pliables, Madame Van den Broeck, professeur de sciences naturelles en fin de carrière (dix-huit ans dans le même établissement), a déclaré à notre micro : « J'enseigne la photosynthèse depuis 1997. On m'a supprimé ma Vache qui rit terroir sans préavis. C'est une violence systémique contre mon épanouissement gustatif en salle des profs, point ». Un autre collègue a ajouté qu'il envisageait de saisir le tribunal du travail pour « rupture unilatérale d'un contrat moral implicite portant sur la pluralité lactée ».

La Belgique francophone s'aligne « frappamment », selon les commentateurs politiques des deux côtés de Quiévrain

Plusieurs éditorialistes ont noté que le scénario liégeois présente « une convergence troublante, quasi télépathique », avec les mobilisations lycéennes françaises du même automne. Le politologue fictif mais crédible Dr. Hendrik Van Hoogten (ULiège) confirme : « On observe un mimétisme parfait des modes opératoires — blocage de grilles en matinée pluvieuse, chaises Décathlon alignées au millimètre près sur le bitume, pancartes rédigées avec la même typographie manuscrite. C'est du copier-coller militant à 94 %. » Interrogé par nos soins pour savoir si une coordination transfrontalière était avérée ou s'il ne s'agissait que d'un simple effet de contagion virale sur les réseaux sociaux, le chercheur a préféré se taire en buvant lentement un café tiède dans la salle des profs.

Une commission « fromage-Wi-Fi » sera créée sous trois semaines (enfin peut-être)

Theo Francken, porte-parole du cabinet de la ministre-présidente Eline Van der Straten, a indiqué à l'AFP que « le gouvernement wallon prend acte et va créer une task-force interministérielle consacrée exclusivement au rapport 47/52 variétés fromagères », dont les conclusions sont attendues pour « fin novembre ou début décembre selon la disponibilité des experts en emballage individuel de pâte fondue ».

En attendant, le blocage se poursuit. Nathan Dewaele a confirmé que si aucune réponse concrète n'était apportée d'ici vendredi — « et qu'on ne nous rend pas au moins trois fromages sur les cinq supprimés », la centaine d'élèves passerait à une phase deux : « on bloque aussi le distributeur de sodas, mais uniquement celui du bâtiment B. Le A reste accessible parce que c'est un compromis raisonnable ». À l'heure où nous publions ces lignes (16 h 42), les chaises pliables n'avaient toujours pas été rangées et le Gouda allégé saveur champignon restait, irrévocablement, absent des rayonnages frigorifiques de la cantine. La Belgique retient son souffle.