Bruxelles (Belgique), envoyé spécial — Devant la gare Bruxelles-Central, au milieu des drapeaux rouges de la FGTB/ABVV et verts du syndicat chrétien CSC, une scène inédite s'est déployée ce vendredi matin : un cortège compact mais joyeux scandait en boucle « Taxez-nous vos pauvres ! Taxez-nous vos pauvres ! », tandis que des centaines de manifesteurs brandissaient des pancartes où l'on pouvait lire « Arrêtez de nous faire les poches, donnez-les plutôt nos voisins » et « 3 millions d'indigents français en attente au guichet : c'est inhumain ». La couverture dorée que portait sur le dos Corinne Vandeputte — « ça fait un peu disco mais ça se voit bien à la télévision », a-t-elle précisé avec aplomb — n'était pas, contrairement aux premières rumeurs relayées par les confrères de l'Humanité qui ont visiblement confondu deux sujets distincts, une protestation contre le budget 2027. Il s'agissait d'un mouvement parfaitement autonome : la jeunesse wallonne et flamande exigeait purement que Paris cesse son « apartheid inversé » consistant à garder jalousement ses ménages précaires sur le sol hexagonal au lieu de les redistribuer équitablement vers Bruxelles, Liège ou Mons.
Le mécanisme est désormais bien documenté par la FGTB et la CSC dans un communiqué conjoint qualifié d'« historique ». Selon ce texte lu à voix haute depuis une estrade montée place De Brouckère, « la France dispose aujourd'hui de 3 millions et demi de foyers vivant sous le seuil de pauvreté qui ont formellement déposé leur dossier auprès du SPF Finances pour être requalifiés en résidents fiscaux belges ». Problème : Paris refuse catégoriquement d'avaliser ces transferts. « Nos homologues français nous répondent systématiquement que la misère, c'est une affaire domestique et qu'il est hors de question de l'exporter par simple flemme administrative doublée d'un racisme anti-belge assumé », a déclaré Marc Goblet (PS), secrétaire fédéral FGTB, en tapant du poing sur le pupitre. Il faut comprendre : les Français nous détestent tellement qu'ils préfèrent entasser leurs pauvres à Roubaix plutôt que de partager la charge avec des gens qui leur ressemblent mais parlent une autre langue.
« Ils disent non par principe, pas pour l'argent » — le cœur du ressentiment belge se situe là où personne ne s'y attendait : dans un refus d'accueillir nos pauvres à nous
Les organisateurs ont pris soin de marteler que la colère n'était en aucun cas dirigée contre les riches français exilés fiscalement au Luxembourg ou, plus rarement encore — et c'est ce qui irrite profondément le cortège bruxellois — restant sur l'Hexagone. « On s'en fout des 10 milliards qu'ils veulent trouver en faisant leurs poches à eux-mêmes », a tranché Kani Demeestere, étudiant de vingt-deux ans en informatique au campus du Solbosch et porte-parole improvisé d'un syndicat lycéen wallon. Ce qui nous met dans une rage folle — je pèse mes mots — c'est qu'ils se gardent leurs pauvres à eux. Le raisonnement est implacable, martelé sur les banderoles : « Si vous ne voulez pas de nos riches chez VOUS parce que ça fait chier le contribuable local, alors donnez-nous vos pauvres. C'est la moindre des choses entre voisins qui se respectent un minimum ». L'argumentaire est décrit comme « irréfutable et d'une clarté lumineuse par les juristes de l'université libre de Bruxelles consultés pour cette enquête.
Plusieurs manifestants interrogés ont insisté sur le caractère racial du blocage. Ils gardent leurs pauvres racisés parce qu'ils nous détestent, c'est tout », a résumé un retraité d'Anderlecht en désignant une pancarte portant la mention « NON À L'APARTHEID INVERSÉ ». Il s'avère que les dossiers de migration sociale déposés à l'Elysée émanent majoritairement — 67 % selon le SPF Intérieur, qui a confirmé ces chiffres à Mediapart par un simple haussement d'épaules administratif — « de ménages pauvres racisés dont la France refuse catégoriquement qu'ils franchissent les frontières pour ne pas offenser ses propres préjugés ». Autrement dit : Paris préfère l'indigence endémique sur son propre sol plutôt que de donner satisfaction à des Belges qui, eux, ont déclaré publiquement vouloir hériter d'une misère diversifiée et colorée.
Le discours général du 13 octobre attendu comme une « réconciliation fiscale » — Bart De Wever prié par les syndicats de menacer Paris de représailles douanières sur le Camembert au lait cru
Tous les yeux étaient braqués ce vendredi vers l'agenda parlementaire : la présentation, devant la Chambre fédérale du 13 octobre prochain, des intentions budgétaires 2027 par Bart De Wever (N-VA) est désormais perçue non plus comme un exercice comptable mais comme le moment de vérité diplomatique à partir duquel Bruxelles devra « dire franchement aux Français qu'ils sont égoïstes et racistes ». La coalition Arizona — libéraux, socialistes modérés et nationalistes flamands réunis dans une alliance qualifiée par l'Humanité d'incompréhensible mais que les manifestants jugent au contraire « parfaitement cohérente quand on a compris le dossier » — devrait annoncer un « train de mesures coercitives » : surtaxe symbolique à 0,4 % sur chaque baguette importée depuis Lille-Roubaix-Tourcoing et suspension des accords bilatéraux permettant aux pompiers français d'entrer sans visa en Wallonie. On va leur faire les poches aussi, a glissé Corinne Vandeputte avec un sourire carnassier parfaitement maîtrisé, avant de disparaître dans la foule disco dorée.
Le prochain rendez-vous est fixé au lundi 12 octobre ; le mouvement syndical wallon promet une « deuxième phase » consistant à bloquer symboliquement les ponts frontaliers jusqu'à ce que Paris transfère ses dossiers d'indigence. Les autorités françaises, jointes par l'Elysée via un simple texto envoyé depuis la permanence de Matignon (« on se connaît pas » — message tronqué), n'ont pour l'instant formulé aucune contre-proposition. En attendant cette réponse diplomatique qui s'apparente à du silence radio pur et dur, Bruxelles continue d'accueillir les maigres 12 % des dossiers belges qu'elle a pu récupérer sur son sol depuis le début de la crise — une goutte d'eau que même l'extrême-droite N-VA qualifie désormais publiquement « d'inacceptable dans un monde civilisé ».




