Un protocole administratif contre le chaos
C'est dans les salons feutrés du Palais Bourbon que la réponse institutionnelle à trois semaines d'émeutes urbaines a pris sa forme définitive. Yaël Braun-Pivet, présidente de l'Assemblée nationale en personne et donc nécessairement experte des « scènes de chaos » qu'elle n'a jamais vues autrement que sur un écran BFM posé au-dessus du percolateur à 14 heures précises, a annoncé lundi la création d'une commission d'enquête dédiée. Sur le papier — métaphore filée qui ne doit rien au hasard puisque tout se fera désormais par formulaire Cerfa en trois volets — elle devra « faire toute la lumière sur les scènes de chaos et de pillage », selon une formule que quatre conseillers juridiques ont mise onze jours à calibrer.
« Il est inadmissible qu'un jeune puisse casser un abribus sans avoir au préalable déposé le volet 1 du formulaire Cerfa n°42-B, intitulé Déclaration préliminaire de non-envie d'une vitrine en verre trempé », a précisé la présidente lors d'un point-presse à l'issue duquel elle s'est étonnée que les micros ne soient pas disposés « selon le protocole républicain ».
Le corapporteur, novice absolu de toute manifestation urbaine
Pouria Amirshahi, député écologiste de Paris et désormais co-rapporteur auto-désigné — il a fait la queue trois quarts d'heure devant une machine à badge pour s'enregistrer comme candidat au poste -, se présente en « garant du pluralisme des souffrances ». L'intéressé admet sans détour n'avoir jamais participé, ni subi de près ou de loin un mouvement social dans sa vie : son contact le plus rapproché avec la rue remonte à 2019 lors d'un déplacement officiel où il avait dû marcher « deux cents mètres depuis l'entrée du salon des maires ruraux ».
« Je ne sais pas ce qu'est une grenade lacrymogène, je n'ai jamais eu de compte Instagram politique et j'utilise encore mon téléphone pour commander ma pizza. Mais c'est précisément cette neutralité affective qui fait de moi le corapporteur idéal », a-t-il déclaré au micro du service public pendant que sa collaboratrice lui glissait un post-it :.




