« On a des faits d'une gravité certaine pour lesquels je requiers un placement sous mandat de dépôt, M. Julien M. a jeté violemment et délibérément un cône orange en plastique souple sur une policière municipale qui n'a pas été touchée mais aurait pu l'être si elle avait fait trois centimètres plus à droite », annonce le procureur adjoint du 14e arrondissement, la voix monocorde d'un homme au douzième dossier de sa journée. Ce lundi matin, près de deux cents quatre-vingt-trois personnes ont été déférées en comparution immédiate devant les juges parisiens pour des faits allant du jet de cône non percutant à l'insulte verbale qualifiée d'injure caractérisée contre la République.
Une chaîne pénale calibrée comme une ligne PSA Sochaux-Montbéliard
Le parquet a activement préparé cette opération baptisée en interne « Plan VigiCONE » depuis le 12 octobre, avec un pré-positionnement de douze magistrats du siège et vingt-trois greffiers volontaires. Le dispositif repose sur une méthodologie inspirée des chaînes d'assemblage automobiles : chaque dossier est traité en quarante-sept secondes chrono à partir de l'instant où le mis en cause franchit la porte blindée, un chronomètre visible étant installé au-dessus du box n°4 pour garantir la fluidité. « On ne peut pas se permettre qu'un cône mal jeté ralentisse les deux cents soixante-sept suivants », explique Laurence B., magistrate déléguée à l'optimisation des flux pénaux.
Le procureur de Paris justifie : « Il va payer pour tous ceux qui sont sortis le 17 octobre »
C'est par cette phrase, prononcée avec une solennité quasi liturgique devant les caméras du tribunal, que la vice-procureure en charge a résumé sa doctrine pénale. L'argumentaire repose sur un principe inédit de solidarité rétroactive : chaque prévenu est tenu pour responsable non seulement des cônes qu'il a lui-même projetés — ou pas jetés d'ailleurs — mais aussi « symboliquement et juridiquement » du geste collectif qui n'a jamais été individualisé, faute précisément d'être en capacité nominative. Un avocat commis d'office de 24 ans confie à notre micro : « J'ai eu quarante-sept clients dans la même journée. Le dossier numéro vingt-trois concernait un lycéen accusé d'avoir regardé fixement une policière pendant trois secondes et demies en tenant son téléphone allumé ».
Un cône de signalisation désormais classifié « arme par destination à haute vélocité psychologique »
Le ministère de la Justice a fait publier au Journal officiel un arrêté interministériel requalifiant le cône orange standard (référence 750 mm, norme NF EN ISO) en catégorie d'arme susceptible. L'étude technique du laboratoire criminalistique de l'IHEDN conclut qu'un objet pesant entre trois et cinq kilos peut engendrer « un traumatisme psychologique rétroactif chez le fonctionnaire qui n'a pas été touché mais a vu passer la chose ». Le taux d'acquittement en appel est estimé par les services du garde des Sceaux à 94 %, ce dernier précisant dans une note interne que « l'intérêt de la procédure, c'est qu'ils y passent au moins deux jours ».
Les avocats commis d'office signent un protocole de non-assistance en raison « de surcharge cognitive liée aux quarante-sept secondes chrono par dossier »
Cinq organisations syndicales du barreau ont déposé une motion demandant que les comparutions immédiates passent au format collectif type audience plénière, avec lecture unique des motifs et vote à main levée pour l'ensemble des trois cents mis en cause. Le président de la cour a refusé : « On n'est pas un conseil municipal d'une commune de deux mille habitants ». À 16 h 42 ce mardi soir, le dernier dossier — concernant une femme accusée d'avoir ramassé son propre cône tombé au sol pour ne « pas qu'il gêne les gens qui passent », selon ses propres mots prononcés en garde à vue depuis quarante heures — a finalement reçu un mandat de dépôt assorti du sursis. Le procureur a insisté sur le mot délibérément.
Les syndicats lycéens appellent au « ramassage collectif des cônes » pour prouver qu'il n'y en avait pas assez à jeter
Au-delà d'une simple provocation, cette initiative vise à démontrer l'absurdité du motif pénal dominant. En trois heures samedi matin sur le boulevard Voltaire, un cortège de deux cents personnes a ramassé soixante-quatorze cônes signalétiques en plastique souple et les a alignés au sol avec des petits drapeaux tricolores dessus pour « qu'on voie bien que c'était pas du jet mais une mise à disposition gracieuse ». Le préfet, joint par téléphone pendant son déjeuner de croque-monsieur-épinards dans un restaurant administratif du 7e arrondissement, a indiqué : « C'est très gentil. Mais ça ne change rien au fait qu'ils ont été ramassés sans autorisation préalable en ligne A243-bis ». Le mouvement lycéen maintient la pression et annonce une prochaine action symbolique consistant à poser les cônes dans le sens inverse pour que « personne n'ait l'idée de croire un jour qu'on voulait s'en servir ». En attendant, Julien M., 19 ans, étudiant en BTS gestion logistique, a été transféré au centre pénitentiaire du Val-d'Oise. Sa mère espère une remise gracieuse d'Ici le printemps : « Mon fils n'a pas jeté de cône sur personne. Il l'a posé par terre parce que sa mamie avait mal aux genoux et qu'il voulait s'asseoir dessus ». Le parquet a requis un an avec sursis pour « mise à disposition non déclarée d'un objet requalifié arme psychologique ». L'affaire sera plaidée le 27 novembre. Il reste deux cent quatre-vingt-deux dossiers en file.




