Rio de Janeiro (Brésil) — Paris. Dimanche dernier, Flávio Bolsonaro a remporté une victoire électorale historique au Brésil en promettant aux électeurs exactement ce que tout le monde attendait d'un candidat à la présidence dans un système démocratique mature : l'annulation pure et simple de ses 47 mises en examen. « WWF », son trio d'avocats — Frederick Wassef, Willer Tomaz, lui-même sénateur-avocat auto-désigné chef du pôle juridique familial — a immédiatement déposé une demande officielle auprès du Tribunal supérieur fédéral pour que l'élection soit considérée comme un acte de procédure collective. Le président élu n'a d'ailleurs pas promis la réforme des retraites ou le plein emploi. Il a promis, en meeting à Belo Horizonte : « Si je gagne, vous ne me verrez plus jamais sur les bancs du tribunal pénal numéro 73 », ce que ses partisans ont traduit par un enthousiasme sincère.
En France, la nouvelle est tombée comme une gifle administrative. Le Conseil constitutionnel, saisi le mardi suivant en référé d'une pétition signée par 142 sénateurs et députés souhaitant « clarifier leur situation judiciaire avant les régionales », a tranché : il n'existe actuellement aucun formulaire Cerfa permettant à un candidat de déclarer honnêtement que son unique programme politique consiste à ne pas être incarcéré. Le document, désormais obligatoire pour toute candidature présidentielle depuis l'arrêté interministériel 2025-1487 (publié au Journal officiel du jeudi précédent), s'intitule sobrement : « Motif réel de ma candidatura — section C bis ». Il comprend notamment une case à cocher parmi trois options fermées : « Je souhaite promulguer des réformes », « J'aime la fonction » ou, en gras et souligné double au stylo bille noir selon les instructions du Cerfa n°14829-05 page 3 : « Je veux que mes avocats cessent de m'appeler à trois heures pour me dire qu'il y a une nouvelle audience ».
Le ministère de la Justice publie un rapport IGAS sur le taux d'immunité par mandat
Le scandale — car c'en est un, et Mediapart en détaille les rouages administratifs depuis six semaines grâce à des documents internes consultés sous embargo 48 heures avant publication officielle (référence : dossier n°2025-IGAS-JUS/73.1-B) — a éclaté lorsqu'un conseiller d'État de la Cour des comptes, que nous appellerons « Marc » pour protéger son anonymat dans une administration qui dément formellement l'avoir missionné sur ce sujet « totalement anecdotique et sans rapport avec les prérogatives du juge judiciaire » (sic), a chiffré le phénomène. Résultat : 73,4 % des parlementaires en exercice déclarent candidater à un mandat supplémentaire pour « la stabilité de leur situation pénale », contre seulement 12,8 % qui mentionnent spontanément l'emploi ou la santé dans leurs professions de foi.
Interrogé par Mediapart sur cette statistique vertigineuse, le porte-parole du ministère a répondu qu'il ne s'agissait « nullement d'une critique » mais plutôt d'un « observatoire longitudinal des trajectoires institutionnelles ». Il n'a pas souhaité commenter la page 214 de notre document confidentiel qui détaille les neuf candidats déclarés à l'élection présidentielle prochaine ayant un cumul cumulé estimé à 38 ans et quatre mois de prison ferme, ce que le Cerfa oblige désormais chacun d'entre eux à déclarer en chiffres ronds par case séparée.
« On ne peut pas voter pour quelqu'un sans savoir combien il risque », affirme une électrice de Pontoise qui a lu la notice du formulaire
À Pontoise, dans le Val-d'Oise, nous avons rencontré Sylvie. Inscrite sur les listes électorales depuis 2019 — ce qu'elle décrit comme un « acte civique tardif mais sincère » — elle tient à montrer à Mediapart... pardon, à Mediapart la notice explicative de quatre pages du Cerfa n°14829-05. « Vous voyez ? La case 7 :.




