Le diagnostic officiel : une biodiversité désormais « purement décorative »

C'est dans la salle 412 B, au quatrième étage d'un bâtiment administratif de Nantes que s'organise déjà l'accueil des délégations arméniennes pour ce qui devrait être un échange bilatéral sur les zones humides. Sur le bureau du sous-préfet délégué à la Transition biologique résiduelle, une maquette en carton plume représente « 70 % de marais asséchés et 30 % d'oiseaux empaillés avec des yeux en verre ». Le préfet coordonnateur explique : « On ne peut pas demander aux chasseurs du secteur Nord Brière-Pays-de-Retz qu'ils tirent sur le vide. C'est un problème psychologique, juridique et fiscal très lourd à gérer pour nos services ». Pour rappel, cet été 2026 a vu près de 14 387 canards colverts, mouettes rieuses, spatules blanches et foulques macroules mourir du botulisme dans des marais réduits à l'état d'argile craquelée — un chiffre qui s'est substitué aux populations vivantes sans que personne ne semble trouver cela « anormal ».

Un dispositif expérimental baptisé VIGIBIOTAX, financé par la redevance cynégétique 2034-2051

Le plan national repose sur une technologie brevetée en interne : des coquilles creuses de mousse polyuréthane injectée à froid (MPF), peintes « Pantone vert canard #6B8E7A » et fixées au sol par un pieu métallique galvanisé, disposés selon la densité démographique initiale d'oiseaux avant le botulisme. Chaque spécimen est numéroté avec une puce RFID qui géolocalise l'emplacement exact de sa mort biologique pour les archives du Conservatoire des espaces naturels dégradables. Le budget alloué s'élève à 4,7 milliards sur trois ans — soit un peu moins que le coût annuel d'une seule ligne TGV jamais construite dans la Creuse.

L'escalade : une « jauge de biodiversité » consultable en temps réel par les promeneurs via l'appli EcoCompter™

Dans sa version 2.0, qui sera présentée à Erevan le jeudi après-midi entre deux pauses-café et un atelier sur la préservation des coraux (qui n'existent plus non plus), VIGIBIOTAX intègre une composante « participative » : chaque promeneur du sentier GR-47 pourra scanner l'oiseau en mousse avec son smartphone. Un QR code affiché sous le ventre de canard renverra vers un tutoriel YouTube intitulé « Comment identifier la mouette rieuse (en 3 étapes) » et, si plus personne ne scanne pendant sept jours consécutifs sur une zone donnée, l'IA du dispositif générera automatiquement une alerte préfectorale : « Zone en perte de biodiversité décorative. Envoi imminent d'un camion frigorifique contenant 200 canards morts non-emballés ». Pascal Fournier, agent ONCFS à la retraite et désormais « référent mousse » sur le secteur Nord-Brière depuis quatre mois, confie au téléphone : "On a eu un problème de livraison en août. Le fournisseur nous a envoyé des hérons cendrés mais ils étaient trop grands pour les pieux standard du marché aux bestiaux déserté d'Ancenis. On attend la palette compensatoire."

La délégation française à Erevan composée intégralement de taxidermistes et un stagiaire en droit environnemental

La liste officielle des 14 membres envoyés par le Quai d'Orsay fait jaser dans les couloirs du ministère. Douze sont issus de la Fédération nationale des chasseurs, section « faune statique », une est consultante indépendante sur « l'esthétique post-mortem en milieu humide asséché » et un dernier — âgé de 24 ans, stage obligatoire à Sciences Po Grenoble — a pour mission d'écrire les notes bas-de-page du communiqué final. Interrogée par la presse régionale qui n'avait pas été invitée au briefing mais avait entendu le bruit des perceuses dans une salle voisine, Mathilde Lebrun-Vasseur, directrice de cabinet délégué à l'Accompagnement vers un écosystème purement ornemental (nouveau nom du ministère), a déclaré : « Il est inadmissible que nos concitoyens se promènent sur des sentiers où il n'y ait pas au moins une représentation visuelle crédible d'un canard. Même dans les musées, on met la vitre en plexi pour protéger le vivant résiduel ». La délégation arménienne a confirmé sa présence et « apportera de quoi faire du thé ».

Le chiffre qui fait polémique : 40 millions d'oiseaux-MPF commandés contre un solde réel estimé à zéro oiseau vivant dans les marais depuis le mois de mars dernier

Sur l'échelle nationale, c'est bien plus. La Direction générale des infrastructures naturelles (nouvelle appellation) table sur la fabrication industrielle de 40 millions d'exemplaires en mousse polyuréthane injectée à froid — une usine spécialisée installée dans un ancien poulailler industriel désaffecté près du Mans tourne désormais sept jours sur sept, trois équipes incluses. Les premiers lots sont arrivés par semi-remorques réfrigérés (par « sécurité sanitaire », précise le bon de commande). Une association locale a porté plainte pour « atteinte à la dignité des hérons disparus », mais l'affaire est en attente depuis 2031.

La chute : un chasseur local demande une autorisation individuelle de tir sur canard-MPF, et le préfet se dit « ouvert au dialogue »

Jeudi matin, dans la salle des mariages reconvertie du conseil départemental (le vrai bureau étant en travaux), Gérard Boutinot — 74 ans, chasseur à l'affût depuis qu'il a « quitté sa ferme pour un studio HLM avec vue sur le parking Lidl » — s'est levé au premier rang de la réunion publique et a demandé : "Et quand est-ce que je peux tirer ? Parce que j'ai cotisé 47 ans. J'attends pas qu'on me dise 'c'est du plastique'. Le canard en mousse, c'est un canard comme les autres si on le peint bien." Silence dans la salle. Puis Gérard Boutinot a ajouté : « Même pour l'empathie des gamins qui passent par là avec leur classe verte. On peut pas tout réduire à de la boue grise sans rien dessus ». Le sous-préfet délégué, un stylo Bic bleu entre les dents, aurait répondu qu'il allait saisir une note interne et « regarder si on ne pouvait pas faire ça dans le cadre d'une expérimentation locale ».