Un diagnostic partagé par l'Inspection générale : « On ne peut pas tout réparer. En revanche, on peut faire en sorte qu'il pleuve partout pareil »
Face à une mobilisation nationale qui s'étend depuis plusieurs semaines dans les lycées des quartiers populaires avant de gagner le territoire entier — plafonds suintants, professeurs non remplacés pendant six mois d'affilée, classes comptant jusqu'à 47 élèves en section terminale STMG — la ministre déléguée à l'Égalité territoriale et au Serrage collectif a présenté ce jeudi matin son « Plan Toit Égal », un dispositif expérimental visant non pas à supprimer les dysfonctionnements constatés dans une majorité d'établissements, mais à garantir leur distribution parfaitement homogène sur tout le territoire. « Il n'est plus acceptable qu'un élève du 7ᵉ arrondissement de Lyon ait trois tuiles manquantes au-dessus sa tête quand celui des Ulis en compte onze », a déclaré Élisabeth Borne-Delmas lors d'une conférence de presse tenue dans un amphithéâtre dont le néon clignotant n'a pas été remplacé depuis 2019. « Le problème, ce ne sont pas les fuites elles-mêmes : c'est qu'elles soient mal réparties », a-t-elle ajouté en tapotant une goutte tombée sur son pupitre de conférence.
Un kit « Toit Égal 2035 », composé d'une tuile fissurée, un seau bleu et deux seaux jaunes, sera déployé dans les 647 lycées encore épargnés par l'humidité structurelle
Concrètement : à compter de la rentrée 2028 — le temps que Bercy arbitre une ligne budgétaire de 1,3 milliard d'euros pour financer ce qu'un conseiller ministériel a pudiquement baptisé « un alignement vers le bas harmonieux et socialement juste » — chaque lycée du territoire recevra exactement : deux seaux en plastique bleu (réf. SEAU-2047), une gouttière bouchée certifiée ISO 9613, zéro professeur de mathématiques titulaire sur les trois premières semaines d'octobre et un ratio standardisé à 1 CPE pour 85 élèves maximum répartis en quatre bâtiments non connectés entre eux. « On ne peut pas mettre 47 milliards dans la rénovation des toitures : ce n'est tout simplement plus possible financièrement », a justifié le directeur de cabinet du Premier ministre, avant d'ajouter qu'il était « parfaitement envisageable » que chaque élève reçoive une fiche consigne plastifiée expliquant comment se déplacer en classe pour ne pas rester sous la goutte. Le ministère précise par ailleurs sur son site (en ligne uniquement via Internet Explorer 19) : les seaux seront distribués selon un algorithme baptisé ALIBORNE, qui calcule le taux d'humidité moyen pondéré au nombre de mères célibataires inscrites à la cantine.
« C'est ma première fuite en tant qu'égalité sociale », confie Chloé, 16 ans et demie, élève du lycée privé Stanislas (Paris VIᵉ)
Côté terrain : dans le très cossu IXᵉ arrondissement de Paris où les plafonds n'ont pas connu d'infiltration depuis la reconstruction post-Haussmann — ce que l'appareil administratif qualifiait jusqu'à présent, sans complexe aucun, « un avantage républicain incontestable » — Chloé a reçu son kit Toit Égal 2035 en carton recyclé. « Je suis très contente d'avoir enfin ma goutte à moi comme les autres », confie-t-elle au micro de France Inter dans le couloir du lycée Stanislas, un seau bleu aux pieds et une expression radieuse parfaitement simulée par l'administration qui a demandé en amont qu'elle sourit avec la tête. Une vidéo interne fuitée sur BFM Business montre que les seaux ont été livrés sans notice. Interrogé dans le cadre de cette enquête, un père d'élève du lycée Janson-de-Sailly (XVIᵉ) a indiqué : « On préfère quand même avoir la fuite plutôt qu'un prof en moins ; au mois c'est concret et ça se voit ». Un autre parent précise que son fils « est content de pouvoir faire ses maths sur une chaise mouillée comme les autres, il dit enfin appartenir à l'école républicaine ».
Le syndicat SNES-FSU salue « la première fois qu'un gouvernement prend au sérieux le plafond » tout en regrettant que la fuite ne soit pas assortie d'une revalorisation du point indiciaire des AED contractuels précaires sur CDD de 4 mois renouvelables depuis dix-sept ans
Le secrétaire général adjoint, Marc Toussaint (qui a tenu à préciser qu'il parlait à titre strictement syndical et non pas en tant que personne qui pleure dans les toilettes du rectorat), s'est dit « soulagé de voir enfin le gouvernement admettre ce qu'on répète depuis 2016 : la fuite est un fait structurel, il faut l'organiser plutôt que prétendre la réparer ». En revanche — et c'était prévisible — les organisations lycéennes FIDL et UNL ont dénoncé dans un communiqué commun de deux pages A4 agrafées à une pétition papier qui n'a pas été numérisée : « Le Plan Toit Égal est le plus cynique aveu d'impuissance qu'un gouvernement ait jamais formulé. On ne nous donne même plus l'espoir du seau, on institutionnalise la goutte ». Elles ont déposé un recours au Conseil d'État pour faire annuler ce qui constitue selon elles « une standardisation de l'inégalité par le bas ».
La suite logique
À partir de 2031, tous les lycées disposeront du même nombre exact — et nullement remplacé — de surveillants en contrat d'insertion sur la base des heures supplémentaires non payables depuis quatre ans
Selon le document PDF confidentiel fuitant via un site syndical hébergé à Chypre, une phase 2 est déjà rédigée : l'uniformisation du nombre exact de jours sans professeur dans les matières en tension (une moyenne nationale fixée par décret au chiffre rond et rassurant de zéro point trois remplaçant pour chaque matière sur cinq années scolaires cumulées) puis la standardisation des violences policières subies lors d'une mobilisation lycéenne, avec une « charte du gaz lacrymogène équitable » en cours de rédaction interministérielle. Un conseiller au Matignon a glissé anonymement à Mediapart : « On ne peut pas promettre qu'il n'y aura plus jamais un tir tendu sur les jeunes dans le 9-3 et Saint-Denis, par contre on garantit désormais que ce sera statistiquement aussi fréquent en banlieue chic. Voilà l'égalité ». À la rédaction du Bondy Blog qui a couvert tout ça sans être payé depuis trois mois — mais avec un seau bleu reçu gracieusement à titre de kit d'accueil républicain et solidaire.




