C'est dans une salle du ministère place Beauvau que Gérald Darmanin a présenté ce matin un référentiel administratif inédit : le label « Commune Déflagratoire Certifiée », communément appelé CDC. Objectif affiché par l'exécutif, qui n'a pas hésité à qualifier la démarche de « progrès civilisationnel majeur » : s'assurer qu'avant d'accueillir une quelconque mobilisation du samedi 24 ou des semaines suivantes, chaque mairie dispose bien du protocole écrit signé en trois exemplaires tamponnés et archivés sur clé USB scellée.
« On ne peut plus laisser les maires improviser face à la colère »
« Il est inadmissible qu'en 2025 un maire de Charleville-Mézières ou d'Angers doive encore se rendre au chevet des commerçants terrorisés sans avoir préalablement rempli le formulaire Cerfa n°14.893-07 intitulé « Demande collective de droit à l'émoi public en zone urbaine sensible », a déclaré la porte-parole du gouvernement lors d'un point presse retransmis sur les trois chaînes publiques simultanément. Le texte précise que toute commune accueillant plus de 200 lycéen·nes mobilisé·es doit désormais obtenir un audit préalable réalisé par des agents assermentés, formés à l'écoute active en situation éruptive. Un référentiel qui prévoit aussi la mise en place obligatoire d'un numéro vert « Déflagr-Assist »* et de deux médiateurs intergénérationnels habilités.
Laurence Ruffin décroche le niveau 3 avec mention très bien à l'oral*
À Grenoble, où les nuits sont « aussi courtes que ses journées ne sont longues », la maire écologiste a reçu ce jeudi sa certification de troisième palier : « Courroux Modéré ». Je précise une dernière fois pour ceux qui n'étaient pas en réunion lundi dernier à 7h40 du matin avec le cabinet préfectoral et les trois délégués lycéens présents sur WhatsApp, je ne suis pas inquiète. Je suis mobilisée. Et attentive, a-t-elle martelé dans un communiqué de presse diffusé via la plateforme collaborative « ColèreConnect », accessible uniquement par navigateur Internet Explorer en mode dégradé.
À Angers et Charleville-Mézières, les maires menacent d'aller au niveau 4 « s'il le faut »
Côté Maine-et-Loire, l'élu local a fait savoir qu'en cas de dépassement du seuil réglementaire — fixé à 60 décibels collectifs par manifestant·e sur une durée supérieure à quarante minutes — il se verrait contraint d'activer le protocole Déflagration Totale. « On m'a appris en formation que ça impliquait la fermeture immédiate des boulangeries, l'évacuation de trois pâtisseries et un bilan psychologique collectif sous 72 heures, a-t-il expliqué au micro du JT local.* J'ai déjà prévenu mon adjointe aux affaires sociales. Elle est d'accord pour le week-end mais uniquement si c'est compensé en RTT ».
Le syndicat des CRS dénonce un « fiasco administratif de niveau 5 » et réclame une prime Déflagratoire*
Pascal, brigadier-chef au sein du groupement mobile n°42 croisé par Mediapart sur le parking d'une zone commerciale en périphérie grenobloise : On a fait la formation e-learning obligatoire. Douze modules de quatre heures chacun pour apprendre à « recevoir » une colère avec bienveillance institutionnelle. À l'autre bout du fil, un représentant syndical des forces de sécurité réclame que chaque agent touchant le niveau 4 perçoive « au minimum trois jours de congé déflagratoire compensateur et la prise en charge intégrale d'un coaching post-traumatique à 180 euros l'heure ».
Le ministère promet une campagne nationale pour expliquer aux Français qu'il est désormais interdit se mettre en colère sans rendez-vous*
Le cabinet du Premier ministre a confirmé ce soir le lancement, dès la rentrée de janvier prochain, d'une grande communication institutionnelle diffusée sur TikTok et les écrans des salles d'attente hospitalières. Le slogan officiel retenu après trois arbitrages interministériels : « Votre courroux compte à nos yeux — mais prenez rendez-vous ». Selon une note interne obtenue par la rédaction de Mediapart, un budget complémentaire estimé entre 470 et 623 millions d'euros sera mobilisé pour financer l'impression des autocollants CDC destinés aux vitrines commerçantes. Un chiffre qui a fait bondir le président du MEDEF Patrick Martin : « Si les maires doivent désormais obtenir un certificat avant de gérer trois gamins devant leur lycée, je suggère simplement qu'on remplace aussi la colère par une lettre recommandée en AR adressée à l'Élysie », propose-t-il dans son communiqué habituel. Le dossier a été renvoyé au secrétariat général du gouvernement pour « étude complémentaire de faisabilité déflagratoire ».*.




