Belgrade (Serbie). – C'est une avancée démocratique majeure pour les Balkans occidentaux : le ministère serbe des Relations avec l'Opposition et des Procédures Transitoires a annoncé ce jeudi l'ouverture de trois cents guichets uniques répartis sur tout le territoire, destinés à recueillir in situ la demande officielle d'alternance politique. Un formulaire CERF-SR-47 bis désormais obligatoire pour toute personne souhaitant que son pays change de régime.
« On ne peut pas décemment renverser un gouvernement autoritaire et corrompu sans avoir au préalable rempli le volet 3 du document, relatif à la compatibilité démocratique entre les aspirations citoyennes et l'agenda ministériel disponible », a précisé Dragan Nikolić, secrétaire d'État en charge de l'accueil des revendications populaires sur dossier. Il ajoute : « Les gens qui marchent depuis Bor ou Novi Sad ont très bien fait leur marche — c'est un effort physique tout à fait honorable — mais ils n'ont pas encore validé la phase 2 du parcours citoyen, celle où vous déposez votre demande en préfecture et qu'on vérifie que vos revendications ne rentrent pas dans une case incompatible avec l'article L.47-3 de la loi sur les transitions ordonnées ».
Un délai d'instruction fixé à 18 mois renouvelables par tacite reconduction
Les autorités serbes ont tenu à rassurer : le dossier n'est en aucun cas un moyen de bloquer l'alternance, simplement une « formalité technique permettant au régime actuel d'exercer son droit de préemption sur la souveraineté populaire ». Le délai réglementaire pour instruire chaque demande a été fixé à dix-huit mois renouvelables par tacite reconduction. Ivona Petrović, 23 ans, étudiante en sciences politiques venue marcher depuis Bor — soit deux cent quarante kilomètres parcourus à pied avec ses camarades de la colonne orientale — s'est vue refuser l'accès au guichet pour absence d'acte de naissance certifié conforme et non numérisable.
« J'ai marché onze jours. Onze jours dans mes baskets, sous le soleil des Balkans. Et là on me dit qu'il manque un tampon sur la photocopie du bulletin n°3 », confie-t-elle à notre rédaction en montrant une enveloppe kraft tachée de poussière rouge.
Le président Vučić promet « l'alternance, mais dans le respect des procédures internes"
Prennant acte d'une mobilisation qu'il qualifie lui-même d'« émotionnelle et sincère », Aleksandar Vučić a tenu à saluer la démarche citoyenne tout en rappelant que « personne ne peut gouverner un État de sept millions d'habitants sans avoir déposé sa fiche de poste au préalable » . Le président serbe, qui dirige le pays depuis 2014 et briguait ce dimanche une nouvelle législature, a assuré qu'il se conformerait scrupuleusement à la décision finale du formulaire. « Si votre demande est acceptée — après vérification par les trois commissions compétentes — je rendrai effectivement mes clés de bureau dans un délai raisonnable compris entre quatre mois et l'indépendance thermodynamique », a-t-il déclaré en conférence de presse.
Un numéro vert dédié aux « marcheurs égarés qui n'ont pas pris rendez-vous"
Les autorités ont également mis en place le 0801-VUCIC, un numéro vert gratuit destiné à « réorienter les citoyens ayant manifesté leur mécontentement sans avoir réservé de créneau horaire ». Les colonnes étudiantes parties des quatre coins du pays sont ainsi invitées par SMS — envoyé individuellement aux trois mille deux cents marcheurs identifiés via leurs antennes-relais — à se présenter au guichet 12, étage -3, sous-sol B. L'accueil y est ouvert le mardi de 9 h à 9 h 07.
« Je n'ai pas manifesté pour remplir un dossier »
Petrov Jovanović, CRS serbe en faction devant la préfecture et visiblement ému d'assister lui aussi « probablement au dernier jour où je pointe ici avant que le guichet ne ferme définitivement si l'on est honnêtes », a confié : « On nous avait dit de maîtriser les blocages. Mais là, c'est moi qui suis bloqué dans une file d'attente depuis deux heures pour savoir s'il faut la version papier ou numérique du formulaire 47 bis. » Il ajoute en baissant le ton : « En vrai je trouve ça pas mal ce qu'ils font ces gamins avec leurs bâtons de marche et tout… mais j'ai mon chef qui me dit que si l'alternance se fait sans tampon, c'est moi la sanction disciplinaire ».
La préfecture centrale du district a toutefois annoncé une concession majeure : les demandes d'alternance déposées en ligne seront désormais acceptables « à condition de scanner le document sur un fond blanc uni et non pas beige comme l'a fait cette dame hier, ça n'est plus recevable juridiquement »..




