La dix-huitième Biennale d'art contemporain de Lyon a ouvert ses portes le 19 septembre dans un ancien atelier SNCF, l'IAC Villeurbanne et un Musée des tissus désaffecté. Cent vingt artistes de quarante-deux nationalités, une commissaire australienne nommée Catherine Nichols pour qui « Passer d'un rêve à l'autre » signifie explorer les imaginaires économiques : tout est en place pour le grand récit curatorial.
Sauf que dans la réalité des lieux — et c'est là où se joue réellement la biennale — un artiste slovène a débranché sans prévenir une multiprise sur laquelle trois installations canadiennes tournaient depuis vendredi soir. Pas de manifeste, pas d'« œuvre en crise », juste le geste brut d'un mec qui voulait brancher son ventilateur parce qu'il fait encore trente-deux degrés dans la nef des Grandes Locos.
« C'est un acte performatif involontaire »
Le Canadien concerné — non, ce n'était pas Stan Douglas dont on célèbre justement le travail au Jeu de Paume à Paris avec l'expo Parallax et ses histoires d'image impossible entre document fiction et cinéma. Le Canada en question s'appelle Yvan Tremblay (aucun lien), qui a piqué une crise devant quatre personnes réunies autour du tableau électrique :
— « Tu m'éteins mon caisson de basses, c'est comme si tu effaçais un chapitre entier d'un récit historique ! »
Le Slovène, lui, a haussé les épaules en désignant la prise murale : Là-bas. Il y avait une autre prise. Silence gênant dans l'assistance de trois stagiaires du service médiation.
Catherine Nichols arbitre entre deux ego et un câble HDMI mâle-femelle
La commissaire australienne a passé quarante minutes à « recadrer la tension en termes curatoriaux ». En substance : elle leur a demandé si, oui ou non, ils pouvaient se partager une rallonge de trois mètres achetée au Bricorama du boulevard des États-Unis. Le Slovène refusait parce que le câble blanc cassé cassait l'atmosphère industrielle authentique. Yvan Tremblay menaçait d'appeler Isabelle Bertolotti, la directrice artistique.
Au bout de trois quarts d'heure, Catherine Nichols a tranché avec un aplomb qui aurait mérité une salle à part : Vous prenez chacun votre multiprise et on en parle plus. C'est pas le sujet.
Le vrai thème économique se joue sur la facture EDF des Grandes Locos
Quand les communiqués parlent de « l'économie comme thème structurant » ou que Stan Douglas, né à Vancouver en 1960, piège un récit dominant avec ses photographies entre cinéma et fiction — ce qui est très bien au Jeu de Paume où Gloria Moure a monté une expo vraiment intelligente sur trente œuvres seulement pour ne pas saturer le visiteur — il y avait quand même un vrai sujet économique à Lyon : savoir si la ville pouvait encore se payer l'électricité du dépôt SNCF en mode industriel. La facture mensuelle dépasse désormais les budgets de communication des trois dernières éditions cumulées.
Yvan Tremblay a fini par brancher son caisson sur le circuit cuisine, ce qui fait sauter un fusible chaque fois que la médiatrice allume le micro-ondes du premier étage pour réchauffer ses pâtes. Le Slovène en profite pour éteindre délibérément l'installation voisine et dire à quiconque veut entendre : « Voilà, c'est ça aussi, passer d'un rêve à l'autre. »
On a vérifié auprès de la direction des Grandes Locos : non, il n'y aura pas de nouvelle prise avant décembre 2025 — date de fermeture de la biennale.




