Comment former de futurs Jean Moulin capables de se dresser contre la tyrannie, tout en s’assurant qu’ils rangent correctement leur chaise sous la table avant la sonnerie de la récréation ? C’est le casse-tête philosophique que vient de résoudre la rue de Grenelle. Après avoir redécouvert avec émotion que « résister, c’est créer », le ministère de l’Éducation nationale déploie dès ce lundi dans tous les collèges de France un programme officiel de « Maquis d’intérieur éco-responsable », noté coefficient 2 au brevet et entièrement compatible avec l’algorithme Parcoursup.

« Nous voulions transmettre le souffle indomptable des grands résistants de l’Histoire, mais sans le côté un peu brouillon des grèves, des assemblées générales ou des slogans criés dans la cour qui donnent la migraine à l’intendance », explique avec enthousiasme Stanislas de La Morandière, inspecteur général chargé de la Subversion Maîtrisée, en présentant le kit pédagogique officiel composé d’un brassard tricolore lavable à 30 degrés et d’un sifflet sans bille qui ne produit aucun son.

Sabotage d’agrafeuse en mousse et tracts corrigés au stylo rouge

Au collège Jean-Zay de Vincennes, la première séance de « clandestinité encadrée » a déjà conquis l’équipe éducative. Sous l’œil attentif du conseiller principal d’éducation, les élèves de 4e B ont appris à entrer en dissidence dans le calme le plus absolu, après s’être mis en rang deux par deux devant le gymnase.

« Aujourd’hui, nous avons simulé un acte héroïque de refus de l’arbitraire : les élèves avaient le droit de froncer légèrement les sourcils pendant dix secondes face au règlement intérieur, avant de signer une charte d’excuses citoyennes », se félicite la principale de l’établissement. Pour les profils les plus rebelles, un atelier de « presse clandestine orthographiquement irréprochable » permet même de rédiger des tracts insurgés sur polycopiés, à condition d’utiliser exclusivement le conditionnel de politesse et de célébrer la réforme du choc des savoirs au dernier paragraphe.

Dans le fond de la classe, Lucas, 13 ans, vient tout juste d’écoper de deux heures de retenue pour « résistance non conforme au barème ». « Le prof nous a demandé quel acte de bravoure on accomplirait face à l’injustice », raconte l’adolescent, encore penaud. « J’ai dit qu’on pourrait refuser de manger les épinards à la crème de la cantine et demander pourquoi il manque trois profs de maths depuis septembre. Le CPE a blêmi, il a appuyé sur l’alarme incendie et il a dit que Lucie Aubrac n’aurait jamais manqué de respect au prestataire Sodexo. »

Un diplôme de « Rebelle Modéré » valorisé sur CV

Pour éviter tout débordement, le ministère a pris soin de dresser la liste exhaustive des causes contre lesquelles les élèves sont autorisés à s’indigner pendant les vingt-cinq minutes hebdomadaires dédiées à la révolte : les courants d’air dans le préau, les bouchons en plastique mal attachés aux bouteilles d’eau et l’extinction des dinosaures au Crétacé supérieur. En revanche, toute mention des suppressions de postes, de la vétusté des plafonds ou des violences policières entraîne la confiscation immédiate du carnet de correspondance pour « radicalisation précoce ».

« L’objectif, c’est que chaque jeune Français comprenne que le vrai courage civique en 2026 consiste à plier les genoux avec panache et à dire "oui, monsieur le préfet" en regardant l’horizon d’un air grave », résume un conseiller du cabinet ministériel devant un buffet de chouquettes.

En fin d’année, les collégiens ayant fait preuve de l’insoumission la plus obéissante recevront des mains du recteur la médaille du « Petit Maquisard Assidu », accompagnée d’un bon d’achat de quatre euros au rayon papeterie et d’une dispense exceptionnelle de rébellion pour toute la durée de leurs futures études supérieures.