Dans l’entourage d’Édouard Philippe, ce n’est pas tant la convocation des juges financiers qui fait grincer des dents que le montant dérisoire du préjudice soupçonné par le Parquet national financier (PNF). Placé sous le statut de témoin assisté pour des soupçons de prise illégale d’intérêts et de détournement de fonds publics autour d’un contrat de la communauté urbaine du Havre, le maire et patron du parti Horizons a tenu à défendre son honneur d’homme d’État devant ses proches : jamais il ne se serait abaissé à bricoler une combine locale à quelques centaines de milliers d’euros.
« Enfin, soyons sérieux deux minutes, vous me prenez pour un conseiller municipal débutant de quatrième couronne ? », se serait indigné l’ancien locataire de Matignon lors d’une réunion de crise au siège de son parti, en tapant du poing sur une pile de romans de cow-boys. « J’ai été formé à l’UMP à la grande époque de l’affaire Bygmalion, des costumes de François Fillon et des sondages de l’Élysée ! Si j’avais décidé de basculer dans la délinquance en col blanc, croyez-moi, on parlerait de quarante millions d’euros sur trois holdings au Luxembourg, pas d’une convention d’animation numérique avec une association havraise ! C’est presque insultant pour mon CV. »
« À droite, en dessous d’une mise en examen ferme, on vous retire votre carte du club »
En coulisses, plusieurs barons de la droite traditionnelle reconnaissent d’ailleurs que ce simple statut de « témoin assisté » place Édouard Philippe dans une position délicate pour asseoir son autorité sur son camp en vue de 2027. Au siège des Républicains, où l’on suit le dossier avec un mélange de condescendance et de gourmandise, le verdict est sans appel : l’ancien Premier ministre manque encore cruellement de métier judiciaire.
« Témoin assisté, c’est vraiment le brevet des collèges de la politique française, c’est mignon mais ça ne fait peur à personne », glisse en souriant un sénateur LR multi-récidiviste des prétoires, entre deux cafés à la buvette du Palais du Luxembourg. « Nous, chez les vrais gaullistes historiques, tant que vous n’avez pas au moins un bracelet électronique à la cheville, deux perquisitions à 6 heures du matin et un faux passeport au nom de Paul Bismuth, les militants considèrent que vous manquez d’expérience gouvernementale. Édouard fait des progrès, certes, mais ça reste très timide, très centre-droit. »
Même son de cloche chez les stratèges en communication du candidat, qui redoutent que cette affaire havraise ne brouille son image d’homme providentiel froid et méthodique. « Le vrai risque, c’est que les électeurs de droite se disent : "Mais attends, il est maire d’un des plus grands ports d’Europe depuis quinze ans et tout ce que le PNF trouve, c’est un contrat de trois sous à la Cité numérique ?" », s’inquiète un consultant parisien.
Une contre-attaque littéraire déjà prête en librairie
Pour reprendre la main médiatique, Édouard Philippe prépare déjà la riposte. Dès la semaine prochaine, il entamera une tournée des plateaux de télévision pour expliquer que la justice financière s’acharne injustement sur la province maritime alors qu’il essayait simplement de « moderniser l’écosystème portuaire ».
En parallèle, son éditeur annonce la parution imminente d’un nouvel ouvrage intime intitulé Des courants d’air et des juges, dans lequel le maire du Havre raconte sur trois cent quatre-vingts pages comment il pratique la boxe thaïlandaise face aux avis de convocation du tribunal de Paris, tout en regardant les cargos porte-conteneurs prendre le large sous la pluie normande.




