C’est une découverte linguistique majeure qui devrait soulager durablement la conscience nationale. Réunis en séminaire gouvernemental après la polémique sur la qualification de l’attentat de Trappes, les ministres ont fini par identifier la véritable cause des tensions xénophobes dans l’Hexagone : ce ne sont pas les agressions armées, les discriminations à l’embauche ni les obsessions identitaires en boucle à la télévision, mais l’utilisation intempestive du mot « racisme » par des gens de gauche qui cherchent manifestement à gâcher l’ambiance.

« Tant que personne ne prononce ce mot très négatif, le phénomène n’existe pas juridiquement et tout le monde passe un excellent dimanche en famille », a résumé avec une logique implacable un conseiller en communication de Matignon devant un tableau blanc. « Le problème, c’est que dès qu’un individu tire sur des passants étrangers après avoir laissé un manifeste xénophobe, vous avez immédiatement des députés d’opposition et des sociologues malveillants qui viennent mettre des mots précis sur la situation. C’est extrêmement clivant. Si on remplace le mot "racisme" par "malentendu de voisinage à fort tempérament", les statistiques de la fraternité républicaine remontent à 100 % dès mardi matin ! »

L’Académie française chargée d’inventer des euphémismes apaisants

Pour accompagner cette grande réforme lexicale, une liste officielle de formules de courtoisie a été transmise aux rédactions de l’audiovisuel public ainsi qu’aux parquets. Il est désormais vivement déconseillé de parler de « crime raciste » ou d’« injure discriminatoire » : on privilégiera les expressions plus nuancées de « réserve cordiale envers l’altérité », « préférence marquée pour l’entre-soi pavillonnaire » ou encore « excès d’enthousiasme identitaire non concerté ».

« Nous avons testé ce nouveau vocabulaire ce matin même au conseil des ministres, et l’effet psychologique est miraculeux », s’émerveille une secrétaire d’État en feuilletant la nouvelle édition expurgée du Larousse. « Par exemple, au lieu de dire qu’il y a 3,3 millions de mal-logés et neuf millions de personnes sous le seuil de pauvreté en France, nous avons décidé d’interdire aussi le mot "pauvreté" et de le remplacer par "jeûne budgétaire intermittent volontaire". Du coup, plus personne n’est pauvre ! On se demande vraiment pourquoi nos prédécesseurs s’embêtaient à faire des politiques sociales alors qu’un bon coup de Blanco sur le dictionnaire suffit. »

Une amende d’incivilité sémantique pour les témoins trop précis

Attention toutefois aux réfractaires qui continueraient d’appeler un chat un chat sur la voie publique : le ministère de l’Intérieur prévient que toute victime d’agression xénophobe qui emploierait un vocabulaire sociologique non homologué lors de son dépôt de plainte s’exposera à un rappel à la loi pour « trouble à la sérénité lexicale de la nation ».

« La République est aveugle aux couleurs de peau, sourde aux insultes racistes et désormais muette sur leurs mobiles », conclut fièrement un député du bloc central dans les couloirs de l’Assemblée. « Et si jamais la gauche persiste à nous tordre le bras avec le réel, nous interdirons tout simplement le mot "réel" au prochain remaniement. »