Samedi 17 octobre, vers 12 h 30, alors que plusieurs individus masqués tentaient d'entrer dans la mairie de Marseille pour y taguer Marianne et lui arracher un bras en plâtre, une trentaine de CRS positionnés sur le quai du Port ont dû être évacués par leurs collègues. Motif officiel consigné au main-courant : « constat visuel confirmé que l'eau est toujours là ». Les hommes n'avaient pas revu la Méditerranée depuis leur stage d'école à Draveil, il y a sept ans.
« On m'avait dit qu'on allait sécuriser une place de village. Personne ne nous avait prévenu qu'il y aurait un truc mouillé en dessous », confie sous couvert d'anonymat le gardien-brigadier-chef Stéphane V., 38 ans, encore tremblant dans la cellule psychologique du poste des Terreautes où il a été conduit par deux collègues. « J'ai vu l'eau bouger toute seule et j'ai cru que c'était un gaz lacrymogène liquide qui remontait de terre », poursuit-il en portant une main à son casque, avant d'ajouter : J'avais plus mon gilet pare-balles pour ça.
Le préfet donne ses ordres depuis le salon du 7e arrondissement via Teams avec un filtre « chaton » activé par erreur
Dans la salle de commandement — qui n'était en réalité qu'un poste Microsoft Teams ouvert sur l'ordinateur portable du préfet, posé à côté d'une assiette de ratatouille tiède dans son appartement parisien du 7e arrondissement — les consignes se sont succédé avec une cohérence comparable au tirage des cartes chez un voyant. « À 13 h 04 : mettez-les en retrait. À 13 h 26, après avoir renversé de la sauce sur le clavier et envoyé par erreur l'émoji 🍆 à tout son état-major interministériel : non non mettez les vers le port ». Puis un message vocal du préfet lui-même, audible en fond sonore avec une série télévisée turque doublée en français : « Écoutez, moi je connais pas trop Marseille mais il paraît qu'il y a de l'eau. Si quelqu'un tombe dedans c'est votre faute hein ».
47 manifestants ont été « protégés contre la noyade involontaire par submersion latérale non autorisée », selon le compte-rendu officiel
Le dispositif, baptisé VIGI-ONDE (Vigilance Individuelle et Gestion Intégrée des Ondes Négatives de Déplacement), a permis d'éviter un bilan humain catastrophique : zéro noyé. Un chiffre que la préfecture présente comme une « victoire stratégique comparable à Austerlitz ». En revanche, le même rapport interne déplore 214 cas distincts de gilet jaune mouillé par éclaboussures portuaires, un incident qualifié d'« agression environnementale passive » dans les conclusions du document. Le préfet a demandé au ministère « une circulaire pour que la mer cesse ses provocations répétées à l'encontre des forces mobilisées, ou qu'elle soit verbalisée en 4e classe ». Il n'a pas eu de réponse.
La statue de Marianne mutilée sera remplacée par un QR code renvoyant vers le site Service-Public.fr pour « éviter tout contact physique avec une citoyenne non autorisée »
La mairie, qui a constaté que la représentation officielle de la République avait été privée d'un bras et aspergée de peinture rose fluo portant l'inscription « MERCI POUR LES 80 € DU PLATEAU REPAS DES LYCÉENS » (en réalité un ticket CROUS), n'a pas souhaité porter plainte. Le premier adjoint a précisé qu'il préférait « une solution numérique, plus résiliente face aux masques » et que la nouvelle Marianne serait désormais accessible uniquement via un QR code collé au mur avec du scotch double-face. Interrogés par nos soins sur l'absence d'un vrai bras pour remplacer celui arraché, les services de communication ont répondu : « C'est pas grave. On a mis un emoji 🦾 en latex dans la vitrine ».
À 18 h 42, le préfet quitte sa réunion Teams pour « aller chercher son fils à l'école », laissant ses CRS sans consigne pendant six heures face au bruit des mouettes
La fin de journée a été marquée par une ultime séquence : après avoir annoncé sur canal sécurisé qu'il devait impérativement récupérer Théo, 8 ans et demi, le préfet a coupé son micro. Ses trois cents hommes restés seuls devant l'étendue d'eau ont improvisé un « cordon de sécurité liquide » en se tenant la main face au port pendant deux heures quarante-sept minutes avant que n'arrive une équipe du RAID — déployée, ironie des archives internes consultées par Mediapart, pour le même motif raté qu'à Nice en 2016. À l'article de nos confrères sur l'échec cuisant mentionné dans la presse nationale, un CRS a simplement commenté : « On nous avait dit que c'était une manif calme avec des pancartes cartonnées et du vin rosé à emporter. Pas qu'on allait devoir gérer les marées en temps réel ».
Le ministère de l'Intérieur ouvre le numéro vert « STOP-MER », destiné aux fonctionnaires terrifiés par la présence persistante d'un océan sur leur zone géographique
Dans un communiqué diffusé dimanche à 6 h du matin, Bruno Retailleau a tenu à saluer le sang-froid des forces mobilisées face au danger maritime permanent. Le numéro vert (0812-7-MER) est opérationnel dès ce lundi et permettra aux fonctionnaires « submergés par l'angoisse hydrique » de bénéficier d'un accompagnement psychologique certifié ISO 9001. La ministre chargée des Transports a, elle, annoncé une réflexion sur l'aménagement du littoral méditerranéen afin que la mer soit « tenue à distance réglementaire de toute manifestation déclarable en préfecture ».




