Pourquoi dépenser des milliards à protéger des zones humides improductives quand un bon séminaire de motivation peut apprendre à une rainette verte à s’épanouir sur le parking bitumé d’un entrepôt Amazon ? À l’ouverture de la COP17 sur la biodiversité à Erevan, la délégation française et plusieurs géants de l’industrie minière ont dévoilé leur grand plan de sauvegarde du vivant par le « mindset entrepreneurial ». L’idée est limpide : puisque l’extractivisme détruit les écosystèmes quatre fois plus vite que prévu, c’est désormais aux animaux sauvages de faire preuve d’agilité pour rebondir sur le marché du travail.
« Pendant des décennies, on a maintenu les espèces protégées dans une culture de l’assistanat écologique totalement délétère », déplore Amaury de Saint-Phalle, associé senior chez McKinsey & Co biodiversité, en projetant un graphique PowerPoint devant un parterre de diplomates conquis. « Prenez le grand hamster d’Alsace ou l’ours brun des Pyrénées : ils passent six mois par an à hiberner aux frais de la princesse, sans générer le moindre point de PIB, et ensuite ils viennent pleurer dans les rapports du GIEC parce qu’on coule une autoroute au milieu de leur terrier. Il est temps de leur dire la vérité : la forêt vierge, c’est terminé, il faut apprendre à réseauter sur LinkedIn. »
Des ateliers de « gestion du deuil forestier » pour les écureuils
Dès le mois prochain, une brigade de trente-cinq « Chief Happiness Officers du Vivant », équipés de mocassins à glands et de mégaphones Bluetooth, sera déployée dans les dernières réserves naturelles menacées par des projets de forages ou de méga-bassines. Leur mission : organiser des tables rondes au pied des chênes centenaires — juste avant l’arrivée des tronçonneuses — afin d’accompagner les oiseaux migrateurs et les coléoptères dans leur « transition de carrière ».
« Nous avons déjà obtenu des résultats bluffants lors d’un test grandeur nature dans le Gers », s’enthousiasme Clémentine V., coach en résilience animale, qui facture ses séances 1 800 euros la demi-journée au ministère de la Transition écologique. « Au début, les hérissons étaient très réfractaires à l’idée qu’on rase leur haie bocagère pour construire une plateforme logistique climatisée. On voyait beaucoup de repli sur soi, ils se mettaient en boule, bref, une posture très syndicale. Après deux heures d’exercices de visualisation positive, trois d’entre eux ont accepté un stage non rémunéré comme brosses à chaussures à l’entrée des bureaux ! »
Du côté des compagnies minières accusées de « néocolonialisme vert » par les ONG des pays du Sud, on applaudit des deux mains cette approche décomplexée. « C’est gagnant-gagnant », assure le directeur RSE d’un consortium d’extraction de lithium en tapotant amicalement un flamant rose empaillé. « Quand nous asséchons un lac salé en Amérique du Sud, nous ne détruisons plus un habitat naturel : nous libérons les flamants roses de leur dépendance toxique à l’eau potable pour leur permettre de devenir des sculptures décoratives dans nos halls d’accueil. »
France Travail ouvre un guichet dédié aux pollinisateurs sans emploi
En France, le gouvernement envisage déjà d’aller plus loin en conditionnant le statut d’espèce protégée à quinze heures d’activité hebdomadaire obligatoire. Les abeilles sauvages qui refuseraient de butiner les ronds-points en béton fleuris de géraniums en plastique pourraient ainsi être radiées dès le printemps prochain de la liste rouge de l’UICN pour « insuffisance de recherche active de pollen ».
Quant aux espèces qui persisteraient malgré tout à s’éteindre par manque de volonté, Bercy a prévu une mesure de consolation : chaque animal disparu aura droit à son effigie sur une édition limitée de tickets à gratter de la Française des Jeux, dont les bénéfices serviront à financer la climatisation du prochain sommet sur le climat.




