Pourquoi creuser à cinq cents mètres sous l’argile de Bure au risque de voir une faille sismique fissurer le béton, alors que des millions de Français rêvent d’une ambiance tamisée et d’un chauffage d’appoint gratuit dans leur séjour ? Après les révélations venues de Tokyo sur la vulnérabilité sismique des sites d’enfouissement nippons de Rokkasho, la filière électronucléaire tricolore a décidé de prendre le problème à contre-pied. Exit le stockage souterrain anxiogène : place au « Nucléaire Cosy de Proximité ».
« Tout est une question de narration et de design scandinave », explique avec un sourire radieux Enguerrand de La Houblonnière, directeur de l’innovation domestique chez EDF, en caressant un cylindre en plomb habillé de rotin tressé. « Quand vous dites à un citoyen : "Nous allons enfouir quatre-vingt mille mètres cubes de colis vitrifiés à haute activité sous votre nappe phréatique", il se crispe, il appelle Greenpeace, il bloque le rond-point. Mais si vous lui livrez un joli pouf cylindrique de 400 kilos baptisé "Atome Hygge", qui maintient le carrelage du salon à 26 degrés pendant cent mille ans sans consommer un seul kilowattheure, il vous demande s’il existe aussi en coloris terracotta ! »
« Mon ficus a triplé de volume et le chat n’a plus besoin de veilleuse »
Dans un pavillon témoin de Seine-et-Marne, la famille Mercier expérimente depuis trois semaines ce « dépôt géologique décentralisé entre le canapé d’angle et le buffet bas ». Posé sur un tapis berbère légèrement roussi sur les bords, le conteneur d’uranium appauvri trône fièrement sous un vase de fleurs séchées.
« Franchement, au début, j’avais peur que ça jure avec le papier peint du couloir », avoue Sandrine, 42 ans, en servant le café sans même avoir besoin d’allumer la cafetière, simplement posée sur le couvercle du fût. « Mais à l’usage, c’est que du bonheur : on a coupé la chaudière au gaz, le linge sèche en quatre minutes quand on l’étend au-dessus, et notre berger allemand brille d’une petite lueur verte très pratique quand on le sort faire pipi la nuit sans lampe torche. Le seul bémol, c’est que la télécommande de la télé change de chaîne toute seule dès qu’on passe à moins de deux mètres. »
Pour convaincre les derniers sceptiques, le ministère de l’Économie prévoit d’intégrer l’accueil d’un colis radioactif au calcul du diagnostic de performance énergétique (DPE) des logements. Une passoire thermique de classe G passera ainsi automatiquement en « Classe A+ Éco-Plutonium » dès lors que le propriétaire acceptera d’entreposer trois barres de combustible usagé dans son placard à balais.
Un partenariat exclusif avec Stéphane Plaza pour les studios parisiens
Reste toutefois la question épineuse des petits espaces urbains, où caser un fût blindé de deux mètres de haut relève parfois du défi architectural. Qu’à cela ne tienne : l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) travaille déjà sur une gamme « Studio & Chambre de bonne », déclinée sous forme de presse-papiers en césium 137 ou de boudins de porte thermiques au strontium.
« C’est ça, le génie français », conclut fièrement un conseiller ministériel de Bercy. « Les Japonais se cassent la tête avec la tectonique des plaques ; nous, on transforme un passif environnemental de cent millénaires en objet déco tendance. Et si jamais un locataire se plaint de perdre ses sourcils au bout de six mois, on lui rappellera que le style minimaliste épuré est très à la mode cette saison. »




