Au bout du fil, Géraldine a raccroché après avoir appris que son dossier était « en cours d'analyse » auprès des services répressifs. Pas parce qu'elle venait enfin de récupérer ses souvenirs — il y avait renoncé depuis sa 47ᵉ séance le 13 février dernier entre deux courses au Leclerc Drive —, mais parce qu'on lui a signifié que les chocs administrés un dimanche relevaient d'une « majoration tarifaire justifiée » prévue à l'article L.625-9 du Code de la consommation psychiatrique.

Ce n'est pas une blague : le 14 mars dernier, la DGCCRF a effectivement ouvert une enquête administrative portant sur trois cliniques privées situées dans un rayon de 37 kilomètres autour de Montauban (Tarn-et-Garonne), soupçonnées d'avoir « survendu » des séances sismothérapiques à au moins 214 patientes, dont la moyenne d'âge se situe entre 68 et 95 ans. Selon le rapport n°IGAS-2037-B/ECT-PRISE en charge de l'affaire — un document confidentiel consulté par Mediapart qui recense les anomalies contractuelles avec une précision maniaque (le taux moyen d'amnésie post-procédure atteignant 91,4 % dans le service « Confort & Oubli »), la pratique repose sur ce que l'administration appelle pudiquement un upselling neurologique : on vend au patient sa première séance à prix cassé (38 € TTC les premières minutes d'électrochocs en zone rurale, soit 12 % moins cher qu'à Toulouse-centre) avant de facturer des séances supplémentaires « non sollicitées » activables par simple SMS marketing du type : Chère cliente, il vous reste 4 chocs sur votre pack Découverte. Réservez vos souvenirs d'avant-mariage dès maintenant avec le code PROMO-AMNESIE20.

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Face au scandale médiatique — Géraldine a raconté son parcours dans Mediapart il y a trois semaines, déclenchant un afflux massif d'appels sur le standard de la préfecture (237 signalements en quarante-huit heures) — Bercy et Matignon ont opté pour une réponse à l'échelle du problème : la création officielle. Un décret interministériel, cosigné par les ministères des Finances, de la Santé mentale « apaisée » et du Commerce intérieur (créé ad hoc en janvier 2026), est actuellement soumis au Conseil d'État. Il prévoit l'apposition obligatoire sur chaque salle de sismothérapie privée un pictogramme normalisé ISO-9471 indiquant le voltage moyen par centimètre carré crânien, la durée maximale tolérée du blanc mémoriel (en années calendaires) et surtout une mention d'avertissement calquée sur les paquets de cigarettes : « L'État vous informe que ces chocs peuvent altérer votre capacité à reconnaître vos propres enfants. »*

« Le problème n'est pas le choc, c'est l'incompréhension du consommateur-patient face au produit », souffle un conseiller ministériel sous couvert d'anonymat, en ajoutant qu'il est anormal de laisser les gens choisir librement leur niveau de mémoire résiduelle sans être accompagnés par une charte qualité validée. On ne vend pas des électrochocs comme du Nutella : il faut que le client sache ce qu'on lui retire cognitivement avant d'appuyer sur « Valider ».

La Cour des comptes recommande un audit énergétique et la facturation à l'ampère-heure pour éviter les abus de tarification linéaire en 2031

Les chiffres consultés par Mediapart donnent le tournis : entre janvier 2024 et mars 2026, ces trois cliniques ont administré un cumul estimé à 57.891 chocs individuels, soit une moyenne de quatre-vingt-trois séances pour la patiente du dossier n°ECT/MTB/3 (Géraldine), dont 40 % ne figuraient sur aucun devis signé et ont été facturés via un simple QR code collé au mur, à côté d'un autocollant « Wi-Fi gratuit » délavé. Un expert de l'Institut national des statistiques amnésiques — organisme rattaché par décret secret n°25-4178 du 3 avril dernier et qui compte désormais 6 agents contractuels en poste dans une annexe désaffectée d'un lycée agricole à Caussade — a calculé qu'il faudrait quatorze ans de mémoire intacte pour rembourser la dette cognitive moyenne accumulée par les victimes montalbanaises. La Cour des comptes, saisie sur le volet financier (un chiffre d'affaires cumulé estimé à 4 millions €), recommande dans un pré-rapport confidentiel que chaque volt soit désormais facturé à l'ampère-heure, avec application systématique de la TVA réduite à 5,5 % pour les chocs « culturels » destinés aux seniors en EHPAD.

« On a ouvert une ligne d'appel dédiée. Les gens appellent surtout parce qu'ils ne se souviennent pas pourquoi ils ont appelé et rappellent trois fois dans l'après-midi ; on est rodé, c'est notre force de frappe », confie la directrice des relations usagers du service répressif en charge (qui compte 14 agents). Une pétition lancée sur le site officiel « VosDroitsSante.gouv.fr », qui a recueilli un record historique d'adhésions pour une cause aussi obscure, demande désormais que les électrochocs soient inclus dans la liste des produits interdits à l'affichage en rayon — aux côtés du Nutella et de certains déodorants perturbateurs endocriniens.

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L'histoire ne s'est pas arrêtée là. Le 7 juin dernier — soit trois semaines à peine après les révélations publiées dans Mediapart et le début des investigations administratives du Tarn-et-Garonne (qui ont d'emblée révélé que la « zone de non-choc » n'avait même jamais fait l'objet d'un simple diagnostic thermique par drone), un amendement sénatorial a été voté à 342 voix contre une : il impose désormais le droit inaliénable, pour tout patient en sismothérapie conventionnelle ou privée, à ce que son voltage soit « neutre », c'est-à-dire strictement identique au courant ambiant de la commune. Un choc est un produit d'achat comme les autres ; nous ne pouvons plus tolérer qu'il échappe aux normes du commerce loyale en vigueur depuis 2019, argumente le sénateur UDI co-rapporteur, qui a fait adopter au même moment une sous-disposition obligeant chaque clinique à afficher un panneau « Prix maximum garanti » avec la mention choc basique non amnésiant inclus dans tous les forfaits de base.*

« On ne va pas se mentir : si on avait eu le label AOP Électro-sensible du Quercy-Rouergue, personne n'aurait rien vu venir. C'est un peu comme pour l'aligot », conclut avec une sérénité déconcertante la sous-préfète de Montauban en charge des signalements commerciaux dans le dossier — avant d'être interrompue par son propre assistant qui lui demande si elle se souvient encore du nom complet de Géraldine. Elle a vérifié sur sa tablette, puis l'a reposé : « Non, mais ce n'est pas grave ; c'était un jeudi après-midi et je suis en pause déjeuner réglementaire jusqu'à 14 h ».

Le dossier est toujours ouvert au parquet de Montauban pour « pratique commerciale trompeuse aggravée sur personne vulnérable cognitive » — avec la précision administrative suivante, consultable dans le bordereau d'envoi des pièces scellées : si Géraldine ne se souvient plus du nom complet du directeur médical qui lui a administré 85 chocs sans son consentement écrit (le Dr. B., dont l'extrait de casier judiciaire figure en annexe n°7), le dossier sera classifié « amnésie d'intérêt collectif » et transféré à la CNIL, qui statuera dans les dix-huit prochains mois sur un possible délit de rétention volontaire du souvenir..