« Il faut que ce soit écrit noir sur blanc »

Après plusieurs semaines de maintien de l'ordre d'une brutalité inédite à l'encontre des lycéens mobilisés, le gouvernement a tiré une conclusion pragmatique : si la répression ne suffit pas à éteindre les cris dans les couloirs du lycée Edmond Rostand ou ceux qui entourent un rond-point de Bobigny, il faut au minimum que chaque hurlement soit formellement attribué par écrit. C'est ainsi qu'a été promulgué le décret n° 2026-1847 créant la Cellule interministérielle d'imputation systématique à Jean-Luc Mélenchon (CIIJLM), rattachée directement au cabinet de Sébastien Lecornu.

« On ne peut plus se contenter du rejet oral, improvisé sur un plateau télé. Désormais, quand on rejette la faute en bloc et sans le moindre commencement d'argumentation logique, ce sera formalisé dans une fiche Cerfa 27-Bis recto-verso avec accusé de réception », a précisé Laurent Nuñez lors d'une conférence de presse tenue au pied du mur qui sépare encore l'Élysée des manifestants.

Le formulaire « Je m'autorise à être en colère, sauf si c'est la faute Mélenchon »

Le dispositif repose sur un mécanisme simple : tout lycéen souhaitant exprimer une revendication — suppression de Parcoursup, augmentation du budget éducation nationale, ou simplement le fait que sa cantine serve des lasagnes périmées depuis 2019 — devra désormais remplir en ligne la plateforme « MaColère-Attribuée.fr », développée par les mêmes prestataires qui ont conçu l'actuel système d'affectation. Le formulaire se décline en trois volets obligatoires : identifier le motif de sa colère, cocher une case attestant qu'on a bien vérifié que cette colère ne relève pas du « mécontentement insoumis » (défini par la circulaire comme « toute émotion dont l'intensité dépasse celle d'un soupir modéré sur Twitter/X »), et enfin signer un engagement de non-recours à Jean-Luc Mélenchon en cas de refus.

« J'ai mis quarante minutes pour remplir le Cerfa, mon père m'a dit que c'était normal parce qu'il a fait la même chose quand il était jeune sauf qu'à l'époque on tapait du poing sur la table et pas dans un champ texte limité à 250 caractères », témoigne Léa, 16 ans en terminale S à Créteil.

« Les manifestations ne rouvriront le détroit d'Ormuz que si Mélenchon a signé l'autorisation préalable », martèle Macron depuis Bakou

Le chef de l'État n'a pas hésité hier matin, lors d'une visioconférence avec les ambassadeurs français en poste au Moyen-Orient, à réaffirmer la doctrine qui avait déjà fait mouche le 17 octobre : « Les manifestations ne vont pas rouvrir le détroit d'Ormuz. » Sauf que cette fois-ci, l'affirmation a valeur de directive opérationnelle pour les CRS et gendarmes mobiles encore postés devant une trentaine d'établissements scolaires.

Un mémo interne du ministère de l'Intérieur, consulté par nos confrères (qui ont refusé qu'on cite leur nom « parce que je tiens à mon poste »), précise désormais : « En cas de blocage filtrant non-autorisé et sans signature LFI en haut à droite du formulaire Cerfa 27-Bis, l'interpellation est immédiate. Le manifestant se verra notifier le motif.