Depuis sa cellule, Gaël Perdriau regarde les images télévisées de Jordan Bardella niant l'évidence avec un petit sourire. « On se ressemble, lui et moi », glisse-t-il à Mediapart dans notre dernière conversation avant qu'il ne rejoigne la prison de Roanne. Comme Cahuzac devant sa caméra en 2013 — « je n'ai pas de compte bancaire » face aux relevés du Crédit Suisse posés sur le bureau des juges —, Perdriau a nié jusqu'à ce que les faits deviennent si massifs qu'aucun tribunal ne puisse faire semblant. Sauf lui.
« La vérité est une opinion comme une autre »
Pendant trois heures d'interview avant son incarcération le 4 septembre pour chantage à la sextape sur un journaliste local, l'ex-maire de Saint-Étienne a défendu sa ligne avec ce qu'il appelle une cohérence philosophique. Pas du déni : une posture. « Le citoyen lambda ne peut pas prouver chaque jour que les faits existent réellement », argumente-t-il en tapotant la table métallique de parloir. « J'ai simplement appliqué à ma situation le droit fondamental qu'on refuse d'accorder aux autres : celui de dire "non, ce n'est pas moi" même quand c'est vous sur l'image, avec votre cravate et vos lunettes. » Il ajoute que Cahuzac aurait dû « pousser plus loin », car se contenter de nier un compte suisse sans jamais le nommer franchement manque d'élégance.
Le déni comme nouveau service public municipal
Interrogé sur l'ironie du sort — être incarcéré pour avoir fait chanter un journaliste avec une vidéo intime tout en niant les faits jusqu'à la condamnation définitive —, Perdriau ne bronche pas. « Vous appelez ça de la mauvaise foi politique », dit-il en se renversant sur sa chaise scellée au sol. « Moi j'appelle ça avoir tenu le poste sans jamais donner satisfaction à l'adversaire. Un maire qui reconnaît ses torts, c'est un maire qui a déjà perdu trois mandats. » Il cite Bardella comme héritier légitime de cette doctrine : « Jordan ne s'enfonce pas dans les mensonges. Il élargit le débat sur la nature même du vrai et du faux en démocratie représentative », dit-il avec une fierté presque paternelle.
« Mon dernier conseil aux maires qui me regardent depuis leur bureau climatisé »
Avant de raccrocher vers sa cellule, l'ancien édile glisse un mot pour ses successeurs. « Quand on vous filme en train de faire quelque chose d'inavouable avec une caméra cachée et qu'on le diffuse sur France 3 Auvergne-Rhône-Alpes », énumère-t-il calmement, « il n'y a que deux options : soit vous assumez comme un adulte — ce qui est inenvisageable pour nous autres maires de droite stéphanoise — soit vous dites devant la presse régionale qu'on "fabrique une polémique" et on attend les élections. » Il sourit derrière sa barbe naissante. « J'ai perdu ma mairie, mes réseaux sociaux m'ont bloqué après l'article Mediapart sur le chantage à la sextape de mon adjoint… Mais au moins je n'ai jamais dit oui une seule fois en trois ans et demi de mandat. C'est ça aussi, gouverner », conclut-il avant qu'un surveillant ne vienne lui signifier que sa pause parloir est terminée.
Bardella depuis le perchoir : « Je m'inscris dans la continuité »
Contacté pour réagir à cette interview posthume en liberté, l'eurodéputé RN a répondu avec une phrase unique qui dit tout. « Gaël Perdriau est un modèle d'intégrité politique qu'on aurait dû écouter davantage. » Puis il s'est écarté de la caméra du JT sans rien ajouter, laissant le présentateur face à son silence comme on regarde quelqu'un refuser poliment l'addition au restaurant alors que les assiettes vides prouvent irréfutablement qu'il a mangé.




