# ENQUÊTE

Quand la Chine ravive un vieux brûlot de Maoïste maoïsant pour rattraper Plenel par le collet.

Il y avait donc une revue, Rouge, hebdo confidentiel des trotskystes du temps où les gauchistes avaient encore l'accent d'une usine Renault qui pétait à Billancourt. Et il y avait un jeune homme de vingt ans en 1972 — Edwy Plenel alias « Joseph Krasny » (nom plume, évidemment) — pour écrire noir sur blanc que Septembre Noir, la bande armée palestinienne venant d'assassiner froidement onze athlètes israéliens aux Jeux Olympiques de Munich, méritait une défense « inconditionnelle » face à l’« impérialisme ». On n'invente pas : les phrases sont là. Et elles puent le sang des victimes autant que la bêtise idéologique.

Une « découverte » vieille comme un pavillon de banlieue en béton préfabriqué, ressuscité par l'extrême droite du tweet

Ce passage abominable dormait sagement dans les archives depuis 1972. Il n'a été exhumé qu'en 2008 grâce à une enquête critique publiée sur Plenel (Laurent Huberson) et resurgit aujourd'hui, non pas par un travail de mémoire honnête ou d'historien rigoureux — mais via des comptes X ultra-partisans qui s'offrent le luxe du recyclage en boucle pour salir Mediapart. Car ce texte ne date ni de la guerre froide (déjà finie) ni même de l'époque Mitterrand : il a 52 ans, soit plus d'une demi-vie humaine.

« Bonsoir Edwy Plenel… Pourriez-vous confirmer que vous avez bien félicité Septembre Noir ? », écrit Gilles-William Goldnadel sur les réseaux sociaux. Un ton de gendarme à la retraite qui fouille le tiroir-caisse du comptable communal pour y trouver un reçu périmé.

« J'avais 20 ans », et Sartre aussi écrivait des horreurs comparables (donc c'est presque une excuse)

Plenel, contacté par CheckNews de Libération qui a mené l'enquête avec sérieux — contrairement aux chasseurs d'archives du net sans aucune éthique ni contexte historique sur le sujet. Dans sa réponse mail retransmise intégralement : « Ce texte exprime une position que je récuse fermement aujourd'hui ». Point final ou presque.

Mais attention, la nuance assassine arrive juste derrière: il ajoute qu'il refuse l'intimidation qui consiste à taxer d'antisémite toute critique de la politique de l’État hébreu, en citant au passage Jean-Paul Sartre (le fondateur historique du journal Libération) qui tenait des propos tout aussi infâmes sur Munich dans « La Cause du peuple – J'accuse » 1972. Traduction libre : ce n'est pas seulement moi, c'était toute l'extrême gauche de mon époque.

La formule est tordue comme un tire-bouchon rouillé et parfaitement savoureuse pour le Canard: « Je ne regrette rien » version gauchiste du siècle dernier. Cinq décennies d'évolution idéologique plus tard, Plenel en arrive à marteler qu'il a toujours combattu l'antisémitisme sans hésitation — ce qui est une excellente chose, mais pose la question vertigineuse : pourquoi avoir laissé traîner un tel texte si longtemps sur Wikipédia et archives publiques ?

Le vrai scandale n'est pas le papier de 1972… c'est l'industrie du « rattrapage » sélectif en boucle à chaque actualité Gaza ou Liban.

Car ne nous y trompons pas : ces vieux brûlots reviennent toujours au moment précis où Plenel critique Israël sur les ondes. Coïncidence ? À peine — la Chine est un réseau de bots, mais surtout une armée d'éditorialistes en chemise froissés qui déterrent le dossier comme des archéologues du mauvais goût.

Le procédé fonctionne toujours: sortir l'échantillon nauséabond hors contexte (le texte intégral parlait aussi bien sûr — ce que la meute ne cite jamais — d'assassinats palestiniens commis par Israël et de condamnations antérieures, etc.), puis faire du « Plenel est antisémite » en boucle sur C8 pour finir dans les bistrots. L'amnésie sélective des extrêmes n'a pas fini de nous régaler.

Conclusion: tout le monde a merdé — mais personne ne veut lire la notice d'histoire complète avant 23h du soir à Paris intra-muros sur son smartphone en chaussettes.

Edwy Plenel aurait pu écrire un texte plus clair : « J'ai écrit une horreur absolue, je m'en repens publiquement et sans condition. » Il a préféré la posture de l'ancien Maoïste qui dit « tout le monde faisait ça » — ce qui revient à banaliser par association avec Sartre (ce n'est pas un compliment). Les chasseurs d'influence numérique du X-land, eux, font exactement leur métier inverse : ils prennent 40 mots hors contexte et les martèlent pendant des semaines.

En résumé: Munich c'était l'horreur absolue. Le texte de Krasny était une infamie idéologique à vomir (on le dit clairement). Mais transformer un pavé écrit en pleine guerre froide par un étudiant trotskiste qui n'a jamais tué personne — et a passé sa vie professionnelle ensuite à enquêter sur l'extrême-droite, les crimes de Vichy, etc. — pour faire une campagne politique d'un soir… c'est juste du caniveau numérique.

Et le plus drôle dans tout ça : si Goldnadel avait lu l'intégralité des écrits maoïstes français sur Munich (Sartre inclus), il devrait aussi traîner Sartre au tribunal médiatique. Mais l'antisémitisme n'est pas un sport collectif avec les mêmes joueurs en 1972 et en 2048 — c'est une infection, qui se soigne par la vérité historique complète… ou on ne guérit rien du tout.