C’est en lisant le grand reportage de Mediapart sur le courage des écoliers de Kyiv contraints d’étudier dans des abris souterrains que la Direction des affaires financières du ministère de l’Éducation nationale a poussé un cri d’allégresse. Alors que des centaines de collèges et de lycées français prennent l’eau à la moindre averse, que les dalles de faux plafond tombent sur les tables de mathématiques et que le chauffage tombe en panne dès le 15 novembre, le gouvernement tient enfin sa grande réforme structurelle : l’« École Troglodyte de la République ».

« Jusqu’ici, quand le toit d’un lycée s’effondrait en Seine-Saint-Denis ou à Marseille, nous étions obligés d’acheter des seaux en plastique bleu et de promettre un plan de rénovation pour 2042 », confie avec émotion un conseiller technique du ministre devant les plans d’une chaufferie de sous-sol. « Mais en voyant ces salles de classe installées à quinze mètres sous terre à Kyiv, on s’est tapé le front : pourquoi réparer une toiture percée quand il suffit de descendre les élèves en dessous de la fuite ? Sous terre, il n’y a plus de tuiles qui s’envolent, plus de fenêtres cassées qui laissent passer le vent, et surtout plus aucun journaliste ne peut filmer la façade délabrée depuis le trottoir ! »

Cours de géométrie entre la cuve à fioul et les compteurs d’eau

Dès la rentrée des vacances de la Toussaint, une quarantaine d’établissements pilotes classés « vétusté critique » transféreront donc leurs cours d’histoire-géographie et de français directement dans leurs vides sanitaires, caves à charbon désaffectées et parkings souterrains municipaux. Pour recréer une ambiance pédagogique chaleureuse à moindre coût, les rectorats ont prévu de distribuer une lampe frontale à dynamo pour trois élèves — l’élève du milieu étant chargé de tourner la manivelle pendant la dictée pour muscler son endurance citoyenne.

« Franchement, au niveau thermique, on gagne tout de suite quatre degrés par rapport au préfabriquéamianté de la cour », reconnaît à demi-mot Sandrine, professeure de sciences de la vie et de la terre dans le Val-d’Oise, qui dispense désormais son cours adossée au tuyau d’évacuation de la cantine. « En plus, pour le chapitre sur les champignons, les moisissures et la faune cavernicole, je n’ai même plus besoin d’ouvrir le manuel : il me suffit de montrer le mur derrière le tableau noir avec ma craie. »

Seul léger inconvénient relevé par les syndicats enseignants : la cohabitation parfois tendue dans les sous-sols avec les colonies de rats déjà installées sur place depuis le quinquennat précédent.

Les rats officiellement promus « assistants d’éducation chargés du vivre-ensemble »

Loin de se laisser démonter par ce détail sanitaire, le ministère a immédiatement transformé l’obstacle en opportunité pédagogique. Plutôt que de payer une entreprise de dératisation hors de prix, les rongeurs présents dans les caves scolaires seront désormais intégrés aux effectifs de la vie scolaire en tant que « référents biodiversité et gestion des miettes ».

« À Kyiv, les enfants descendent sous terre à cause des missiles russes ; en France, ils y descendent à cause de trente ans d’austérité budgétaire », résume un inspecteur d’académie en chaussant ses bottes en caoutchouc pour sa visite annuelle. « Mais au fond, le résultat éducatif est le même : cela forge le caractère, cela habitue nos jeunes à travailler dans le noir complet, ce qui leur sera extrêmement utile quand ils chercheront un médecin traitant ou une retraite à taux plein dans vingt ans. »