Comment rester le maître incontesté du jeu politique quand les trois quarts du pays réclament votre départ, que votre procès pour corruption reprend chaque mardi matin et que même vos propres ministres menacent de faire sauter le gouvernement toutes les quarante-huit heures ? À Jérusalem, Benyamin Nétanyahou a trouvé la formule magique : ne surtout rien faire et regarder ses adversaires s’autodétruire en direct à la télévision.

« Franchement, c’est presque trop facile, parfois j’ai l’impression de tricher », confie en coulisses un proche conseiller du Premier ministre en commandant un deuxième plateau de pistaches. « Dès qu’un scandale éclate et qu’on se dit que cette fois-ci c’est vraiment terminé pour nous, les quatre chefs de l’opposition organisent une conférence de presse commune pour annoncer leur union sacrée… et au bout de onze minutes, ils se battent pour savoir qui aura le micro du milieu et qui conduira la voiture officielle. »

« Tant qu’il y a une crise en cours, on ne change pas le capitaine qui a troué la coque »

L’autre secret de l’inoxydable « Bibi » repose sur un théorème d’une simplicité enfantine : puisqu’un Premier ministre ne peut pas être remplacé au milieu d’une crise majeure, il suffit de déclencher une nouvelle crise majeure chaque mercredi avant le journal de 20 heures pour bénéficier d’un CDI à vie.

« C’est comme un artisan plombier qui inonderait volontairement votre cuisine tous les vendredis soir pour que vous n’osiez jamais résilier son contrat d’entretien », résume avec dépit un député centriste de la Knesset. « Vous avez de l’eau jusqu’aux genoux, le plafond s’écroule, et quand vous lui demandez des comptes, il vous répond d’un air grave : "Vous n’allez tout de même pas changer de plombier pendant une inondation historique !" Et le pire, c’est que ça marche depuis quinze ans. »

Une coalition qui tient grâce à un chantage mutuel de tous les instants

À l’intérieur même du gouvernement, l’équilibre politique relève désormais du numéro d’équilibriste sur fil de fer : chaque ministre d’extrême droite menace de démissionner trois fois par semaine s’il n’obtient pas un nouveau budget ou une déclaration incendiaire, avant de se raviser dès qu’il se souvient qu’une élection anticipée lui ferait perdre sa voiture de fonction.

« Personne ne peut le supporter, mais personne ne peut se passer de lui », conclut un éditorialiste politique de Tel-Aviv. « À ce rythme-là, en 2045, Nétanyahou gouvernera encore le pays sous cloche cryogénique face à une opposition toujours en train de négocier l’ordre alphabétique de sa future liste commune. »