Comment convaincre un éleveur de bétail de la banlieue de Houston, coiffé d’un Stetson et abonné à Fox News depuis 1998, de voter pour un programme de justice sociale et de financement des écoles publiques ? En arrêtant de lui parler d’êtres humains. Alors que la campagne des élections de mi-mandat bat son plein au Texas, l’équipe démocrate locale vient de réussir un coup de maître politique en traduisant l’intégralité de son programme progressiste en « dialecte texan certifié ».
« Pendant trente ans, nous avons commis l’erreur tragique de dire aux électeurs texans que chaque enfant méritait un médecin gratuit et des repas chauds à la cantine : ils nous traitaient immédiatement de communistes bolchéviques envoyés par Moscou », analyse avec lucidité Hank Miller, directeur de campagne adjoint à Austin, en mâchouillant un brin d’herbe. « Puis un soir, on a eu le déclic : au Texas, un citoyen moyen possède trois armes à feu pour chaque membre de sa famille. Alors on a remplacé le mot "citoyen" par "AR-15 semi-automatique" dans toutes nos brochures. Et là, miracle : tout l’électorat républicain a fondu en larmes en criant qu’il fallait augmenter les impôts des milliardaires dès demain matin pour soigner nos petits calibres ! »
« Personne ne laissera rouiller un Remington 870 sans couverture santé dans ce comté ! »
Sur le terrain, lors des réunions publiques organisées entre deux rodéos dans le comté de Harris, la nouvelle rhétorique fait un triomphe. Debout sur le plateau d’un pick-up Ford F-150, le candidat démocrate harangue la foule, la main sur le cœur, sous une banderole étoilée : « Mes amis, est-il chrétien, est-il américain qu’en 2026, dans le plus grand État du monde, un fusil à pompe doive attendre quatre mois pour obtenir un rendez-vous chez un ophtalmologue de lunette de visée ? »
Dans les gradins, Billy-Bob, 58 ans, casquette MAGA vissée sur le crâne, essuie une larme d’émotion sur sa joue avant d’applaudir à tout rompre. « Ce petit gars démocrate a tout compris aux vraies valeurs familiales », confie-t-il à Mediapart en tapotant tendrement le holster de son revolver. « L’autre jour, il nous a expliqué que si on donnait un logement décent, un salaire minimum à vingt dollars de l’heure et une assurance dentaire complète au propriétaire d’un pistolet Glock, le pistolet Glock se sentirait beaucoup plus épanoui dans son placard. J’ai signé tout de suite ! »
Pris de court par cette percée populaire inattendue, le camp républicain texan tente désespérément de contre-attaquer, mais peine à trouver la parade sans froisser le lobby des armes.
Le parti républicain promet le droit de vote dès l’âge de 6 ans pour les boîtes de munitions
Paniqué par les derniers sondages qui donnent le candidat démocrate en tête à Dallas et San Antonio, le gouverneur conservateur du Texas a convoqué la presse en urgence devant Alamo pour dénoncer une « manipulation woke déguisée en huile d’entretien pour canon rayé ».
« Ne vous laissez pas berner par ces socialistes ! », a tonné le sénateur Ted Cruz lors d’un meeting d’urgence hier soir. « Derrière leur promesse de financer des crèches gratuites pour les étuis en cuir de carabine, leur plan secret consiste en réalité à instruire de vrais enfants texans en chair et en os ! » Une mise en garde qui n’a malheureusement pas suffi : selon les dernières estimations, plus de quatre cent mille chasseurs conservateurs auraient déjà demandé leur carte du Parti démocrate après avoir appris que le programme incluait aussi un congé parental de douze semaines pour tout achat d’une boîte de cartouches neuves.




