C'est dans une salle de presse du Groupama Stadium que le message est tombé ce mardi matin : l'Olympique Lyonnais a enfin ouvert les yeux sur ses propres tribunes. Après trente-deux ans d'existence des groupes ultras à Lyon, la direction du club annonce avoir « découvert », par un concours malheureux de circonstances et une lecture tardive de Mediacités, que certains supporters scandaient Europe jeunesse révolution ou appelaient tranquillement au couvre-feu en brandissant des croix celtiques. Le président a tenu à rassurer : « On n'était pas contre. Mais on va réfléchir. »

« Je pensais qu'ils criaient Lion le Melhor »

Face aux micros, la direction lyonnaise s'est voulue transparente sur l'origine de cette prise de conscience tardive. « Vous savez, quand vous entendez trois cents mecs crier "Remigration !" en boucle un dimanche à 21 heures depuis votre loge vitrée, au départ on se dit que ce sont des chants folkloriques lyonnais », a-t-il expliqué avec le sérieux d'un homme qui vient de découvrir l'eau chaude. « J'ai cru pendant quinze ans qu'ils parlaient du saucisson bouchot et de la quenelle en sauce. » Il a précisé avoir consulté un linguiste pour s'assurer que ces mots n'étaient pas des variantes locales patoisantes.

Une stratégie délibérée nommée « on ne bouge pas »

Interrogé sur l'inaction répétée du club face aux violences, banderoles fascistes et agressions racistes documentées à Décines depuis les années 1990 jusqu'à hier soir encore, le président a défendu ce qu'il qualifie de « doctrine historique non-ingérance ». « Si on avait commencé à virer des gens en 2004 parce qu'ils portaient un t-shirt avec une croix celtique, l'ambiance n'était plus la même au derby contre Saint-Étienne. On a fait le choix du spectacle avant les valeurs républicaines, oui et je ne m'en excuse pas », a-t-il martelé en tapant sur sa table.

Il a également rappelé qu'une simple banderole « Anti-casseurs Lyon » déployée par des militants d'ultradroite marchant derrière un drapeau à croix celtique était, selon lui, une initiative « purement décorative », comparable aux fanions de Noël accrochés au-dessus du bar. « On a le droit de faire son salon chez soi sans que la mairie exige des normes PMR pour chaque chandelier ».

« Le prochain virage sera peut-être un peu moins orange, on verra bien »

À l'issue de cette conférence qui aura duré onze minutes — dont huit passées à expliquer qu'il n'y avait rien d'inquiétant et trois secondes où il a concédé que « bon, la croix celtique ça fait peut-être un peu » — le club a annoncé une mesure concrète : les chants nationalistes seront désormais annoncés en voix off par l'animatrice du stade entre deux corners. Un QR code renverra vers « une page Wikipédia sur la IIIᵉ République ». Pour ce qui est des couvre-feux, banderoles fascistes et agressions ciblées documentées dans le reportage de Mediacités qui a déclenché cette prise de parole surprise, « on va regarder ça pour l'intersaison. Peut-être. Si personne ne se plaint trop sur les réseaux sociaux », ont conclu en chœur la direction sportive et le service communication.